L'agriculteur va redevenir "paysan"...

Publié le par Agriculture de groupe Oise

Le 2 décembre dernier se tenait l’Assemblée Générale de l’OREDAP au cours de laquelle intervenait Monsieur André LEFRANC, ex consultant en CER, spécialisé en Veille macro économique et stratégique et en Politiques agricoles et stratégies d’entreprises.

 

L’intitulé de son intervention était le suivant : De la Mondialisation de l'économie, au développement durable, rural et territorial... Quelles conséquences et quelles stratégies pour les entreprises, le monde rural et les territoires ?

 

Qu'on le veuille ou non, la « mondialisation de l'économie », c'est-à-dire l'extension progressive et volontaire de l'économie de marché à des pays de plus en plus nombreux, s'accélère ... En 50 ans, l'on est passé en effet, d'un monde « bi-polaire et protectionniste » à « un monde ouvert, à une économie de marché mondialisée et une globalisation financière, qui s'imposent à tous » .

Le processus de réforme des politiques agricoles va se poursuivre et s'intensifier.

Un nouveau contexte mondial se profile désormais en ce début du 21 ème siècle (pénurie alimentaire potentielle, tendance à une volatilité plus grande des prix des matières premières et alimentaires, réchauffement climatique, rareté de l'eau, de l'énergie et dégradation de notre environnement, etc)…

L'Europe elle même, en réformant la PAC a amorcé un « changement de cap progressif »... Pour les prochaines décennies, en parallèle de la nécessité de produire plus de denrées alimentaires tout en consommant moins d'intrants, moins d'eau, un nouveau contrat est ainsi proposé aux agriculteurs pour une « agriculture durable », plus respectueuse de l'environnement et plus soucieuse de répondre aux besoins émergents de la société européenne, des consommateurs et des territoires ruraux ...

En France, dans le prolongement de la loi d'orientation agricole de 1999, une loi « rurale » votée fin 2004 et la loi de modernisation votée fin 2005 début 2006, ont conforté également ces orientations ...

Ainsi, dans cet environnement de plus en plus concurrentiel, les entreprises et les hommes sont donc amenés à ré-ajuster leurs finalités, leurs métiers, leurs projets et leurs stratégies, en prenant davantage en compte pour les prochaines décennies, la hausse des prix des intrants, mais aussi des produits agricoles, la baisse progressive des soutiens agricoles directs (1e" pilier de la PAC) et l'orientation vers plus de développement local, rural et territorial (2eme pilier) ...

Il s'agit donc bien de passer volontairement et rapidement d'une « logique de guichet » (Etat providence), à une « logique de projets » (Esprit d'entreprise) : évolution culturelle que la profession agricole aura à anticiper, pour s'adapter progressivement et dans les meilleurs délais, aux évolutions engagées, du budget de la PAC :

-  En agriculture, vers les outils de « gestion des risques », les restructurations des filières et vers la « recherche » pour produire plus, avec moins de subventions, moins d'intrants consommés, moins d'eau, afin de répondre à la hausse des besoins alimentaires, tout en préservant l'environnement pour les générations à venir...

-  Dans le monde rural : vers plus de développement durable, rural et local...

- Et plus globalement au niveau Européen, vers des investissements plus productifs d'emplois, (recherche fondamentale et appliquée, flex-sécurité pour les entreprises et les salariés, formation initiale et continue, re-qualification, etc) permettant à l'Europe de relever les défis de la mondialisation, des pays émergents, de la croissance, de l'emploi, de l'exclusion et de la précarité ...

C'est, en tout cas, ce qui se profile à l'horizon au travers du bilan de santé de la PAC qui vient d'être examiné en 2008 pour l'après 2013 : délai opportun pour anticiper et mettre en oeuvre les stratégies appropriées...

A cette fonction d'agriculteurs « producteurs » qui retrouve toute sa primauté, d'autres dimensions du métier vont également se développer rapidement en réponse à de nouvelles demandes de la société et des consommateurs, en matière de développement durable, rural et territorial...

La notion territoriale de « pays » va, politiquement, prendre de plus en plus d'importance et redonner toute sa noblesse à cette autre fonction du métier de « paysan », producteur et acteur reconnu dans son environnement local et territorial ...

Propos recueillis par Corinne DAUNAY, animatrice de l'OREDAP.

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